Du merveilleux dans ma ruelle
Je marche longuement dans mon quartier. Je demeure à l’affût du merveilleux et je guette ses manifestations. J’aime à croire qu’à l’autre bout d’une ruelle sombre se trouve un autre monde de lumière. Parlant de lumière, vous devriez essayer Sky, c’est un jeu vraiment sympa disponible sur IOS/Android/Nintendo Switch. Je ne suis pas payé pour le recommander, c’est un coup de cœur récent ! Revenons-en à nos moutons ou plutôt à nos fonds de ruelle !
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Il était averti, pourtant il ne croyait pas en valoir deux. L’avertissement datait d’une année. Tristan se souvenait très bien de cette nuit sans lune. Il titubait au retour d’une soirée arrosée avec ses amis. Malgré l’ébriété avancée, aucun fragment de cette soirée ne s’évaporait dans les brumes éthyliques.
Il marchait en s’appuyant sur tous les lampadaires et poteaux électriques. Ensuite, il reprenait en tanguant son voyage vers la maison. Entre deux coins de rue, son regard fut attiré par les lumières vives du boulevard Décarie au bout d'une ruelle. Un raccourci pour atteindre son lit s’offrait devant lui.
Il lâcha le poteau sur lequel il s’appuyait et entra dans la ruelle à pas lent pour permettre à ses yeux de s’acclimater au manque de lumière. Il se souhaita une vue de chouette en espérant que la sueur qui perlait sur son visage concentrerait la lumière raréfiée. Il gardait une main devant pour défendre son nez d’une éventuelle chute. Il entra avec toute la confiance d’un soulon dans la partie la plus sombre du passage. Jusqu’ici tout allait bien.
Comme souvent dans les endroits qui voit peu de circulation humaine, les araignées locales avaient laissé de longs filaments signalant leur passage d’un bord à l’autre de l’arrière rue. Tristan baissa la garde, essuya avec ses manches les fils qui s’y collaient. C’est dans cet infime moment d’inattention qu’il trébucha et s’affala sur le ventre. Le souffle coupé, la lèvre saignante, le nez écrasé sur sa main piquée de gravât, la douleur l’empêcha de comprendre ce qui se passait. Le choc et la blessure à l’orgueil s’atténuant, il se tourna sur le dos.
Il espérait amoindrir la douleur et reprendre ses esprits en admirant le ciel faiblement étoilé de Saint-Laurent. Son champ de vision était ébloui par un visage qui générait sa propre lumière.
─ Ara ko wai au ? E faʻasaina fua !, le visage lumineux parlait d'une voix outrée, à défaut d’utiliser une langue que Tristan comprenait.
─ Bu chòir dhut falbh mus ruig iad.
─ Je ne comprends pas, le jeune homme tenta une manœuvre de redressement.
─ Vous… devez… partir. C’est forbiden, interdit. Les Taniwha dangereux. Jamais ici la nuit.
Il aida Tristan à se tenir debout et le remis en marche vers les lumières de Décarie. Des bruits de sabots en écho grossissant provenaient de la noirceur ambiante. Le jeune garçon ressentit une décharge électrique qui fouetta l’alcool hors de son sang. Ses membres retrouvèrent leurs réflexes. Quelques grandes enjambées plus tard, il s’appuyait le front sur la pierre blanche de la banque. Il venait de traverser une rue, un deuxième bout de ruelle et un boulevard avec un large terre-plein fleuri dans un flou de lumière rapide. Il ne put se retenir et le contenu de son estomac arrosa bruyamment la banque et ses souliers. Il était rentré chez lui avec les images et les sons imprimer dans son cerveau : « Jamais ici la nuit » et le bruit des sabots.
Pourquoi se tenait-il devant l’entrée de la ruelle à deux heures du matin ? Toute l’année, il avait obsédé sur cet événement. Il souhaitait rencontrer de nouveau celui qui l’avait sauvé. Il n’arrivait pas à lâcher prise, à blâmer l’abus d’alcool et son imagination fertile pour passer à un autre appel. En fouillant dans les livres de folklore, il avait préparé un nécessaire de survie. Il avait trouvé un forgeron moderne intrigué par la demande singulière de Tristan. Il portait une lame de fer, qu’il protégeait de son mieux de la rouille. Il inspira un grand coup et mit le pied dans la ruelle. Puis un autre. Il s’enfonça prudemment dans les ténèbres. Les sens en alerte il atteignit la zone la plus sombre.
─ Allo ? Tristan ajusta le volume de sa voix. Allo, t’es là ?
─ Wouf. Lui répondit un chien invisible derrière une clôture bordant la ruelle. Le jeune homme sursauta. Le chien rajouta plusieurs aboiements. Un autre cabot, plus petit protesta avec des jappements suraigus. Une cacophonie canine envahit la ruelle, amplifiée par les appels au silence sévère de maitres exaspérés. C'était le même endroit, à la même heure, le même jour et une quantité raisonnable d’alcool imbibait son cerveau. Il se calma en respirant lentement. Le silence revint. Le temps s’étira doucement.
─ E kore koe e hoki mai. La voix flottait dans la brise. Tristan eut un frisson. Les odeurs, la lumière gagnaient en intensité. Vous pas revenir toujours interdit, même danger.
─ Je sais, je voulais vous parler, en apprendre plus.
─ Talavou valea, folie. Ce monde n’est pas co-fhreagarrach, convenable pour vous.
─ Mais j’ai beaucoup de questions.
─ Cela est normal. Nous risquons la mort tous les deux. Kore taea, la première fois accident pour vous, c’est un interdit de souhaiter être ici. Partez. J’entends les Taniwha qui arrivent. Ils vous ont reniflés.
La main de Tristan fut prise par une main à huit doigts, une énergie diffusa à travers son bras. Une douleur fulgurante au visage le secoua. Qu’est-ce qu’il était soul ! Il venait de tomber à l’entrée d’une ruelle sombre près de chez lui. Il prit son temps pour se relever, constata qu’il ne saignait pas et reprit sa marche avec un pincement au cœur et un mot dans la tête : Taniwha. Il passerait le mot dans son moteur de recherche favori, s’il s’en souvenait le lendemain.
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