Le chat
Pour ma deuxième histoire, je me suis laissé inspirer par mon chat !
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Le soleil se lève à peine sur Montréal que déjà le chat gratte avec insistance la porte de ma chambre. Il le fait autant dans son intérêt que dans le mien. Je me lève. Ça fait six mois que ce chat est apparu transi sur mon balcon. Je l’ai adopté et j’ai vite compris que celui-ci était un chat spécial.
Il n'était pas un animal pure race, mais plutôt un familier. En effet, même si ma pratique personnelle est de nature chamanique, j’ai remarqué qu’il était sensible aux champs de force magique qui irradie dans mon appartement. Les chats de sorcellerie s'utilisent pour augmenter la puissance du pratiquant. J’ai pris mon temps pour observer le félin, je l’ai soigné, car il avait perdu du poids en plus de s’être fait griffer, probablement par un chat. Il est maintenant en pleine forme.
Je remplis son bol de pâtée, pendant qu’il se frotte sur mes mollets en ronronnant fort. Je dépose le bol au sol et alors qu’il se goinfre j’inspecte mon appart en quête d’une éventuelle fuite dans mon sanctuaire magique. C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille quant à son statut de familier. Un matin il m’a réveillé en grattant ma porte et dès ma sortie de chambre il s’est posté devant un coin du salon. Il fixait un point entre la plinthe et la cimaise du mur. J’ai fait comme lui et la fuite m’est apparue. J’ai murmuré les mots qui réparent ce problème et il s’est tout de suite sauvé vers la cuisine. J’étais impressionné. Ce chat méritait sa pâtée.
J’ai reçu dans l’avant-midi deux clients en consultation pour des problèmes mineurs, mon minou se tient tranquille sur son tabouret haut perché. Parfois durant la consultation il miaule fort. Ceci me donne un indice et j’approfondis avec le client l’aspect souligné par le chat.
Je me concocte une salade d’avocat et crevette pour le diner et je gâte le minet en lui donnant quelques morceaux bien juteux. Nous mangeons en nous observant. C’est décidé, aujourd’hui j’essaie un rituel qui me permettra d’accéder aux avantages de pouvoir conférer par un familier. Je range les couverts et je prends le chat dans mes bras. Il ronronne de confiance.
J’installe le chat au centre du bureau sur un coussin. Je sors de mes armoires un bocal de sel d’esprit. Je dessine un cercle de base autour du chat assoupi, puis un deuxième cercle autour de nous. J’ajoute des lignes qui relient nos deux cercles. Je sors mon couteau sacré et je m’entaille le bras. Je dépose des gouttes de sang aux intersections des lignes. Je sens déjà la puissance magique s’accumuler. J’entoure mon bras d’un linge propre pour arrêter le saignement. J’entonne doucement le chant qui va lier nos vies au chat et à moi.
Le rituel s’achève. Je vois le chat qui se lèche doucement la patte droite. Je nettoie tout, je regarde l’heure et je constate avec honte que l’horloge s’est arrêtée sur quatorze heures quinze, mais qu’il est en réalité plus de seize heures. Je vérifie mon cellulaire, bizarre, il était en mode avion. Une fois la connexion rétablie, je me désole, le client prévu en après-midi à annulé et me prie de l’oublié. Il n’apprécie pas le manque de considération de ma part. Un de perdu; dix de trouvés.
Je décide de prendre le reste de ma journée ainsi libérée pour tester avec le chat l’augmentation de ma puissance. Mais d’abord, je me sers un apéro. J’ouvre la porte de l’armoire et un verre tombe sur le comptoir, il rebondit et éclate au sol. Je sursaute et me coupe le pied en bougeant trop vite. Le chat est dans l’encadrement, il m’observe. Je sautille jusqu’à la salle de bain, je cherche un pansement. Je ne comprends pas, j’ai normalement tout le nécessaire pour soigner les plaies mêmes les plus sanglantes. Le chat est dans la porte de la salle de bain et il me regarde en se léchant une patte.
La plaie doit être plus grande que je croyais, parce que la tête me tourne. Je m’accroche à la barre de serviette qui casse, je ne suis pourtant pas si lourd. Je glisse au sol. Mais qu’est-ce qui m’arrive. Depuis le rituel, les coïncidences négatives s’accumulent. J’ai dû manquer quelque chose. Mais quoi ?
Le chat s’approche de moi, il me jette un œil désinvolte. Il penche la tête et lèche le plancher maculé de sang. C’est le moment qu’il choisit pour me dire :
— Je ne suis pas un chat familier. J’ai profité de vous.
J’ai la tête qui tourne encore plus, je vois des points blancs. Il s’approche de mon visage, me sourit.
— Je suis un sorcier, j’étais coincé dans cette forme. Pendant le rituel, j’ai subtilement effacé une intersection du cercle. C’est fini. L’ignorance et l’imprudence ne sont pas une excuse. Comme vous m’avez libéré, je vous accorde la vie.
Un long silence passe, je sens la magie me quitter. Je perds mes mots. J’essaie d’articuler une incantation de défense. J’entends un miaulement. Je perçois le soleil qui se couche. J’ai faim. Je me lève. Je me sens léger. Une odeur m’attire, dans un bol, une motte de pâtée juteuse. Je mange à ma faim. Je remarque toutes sortes d’odeur, j’entends un rire gras. Mon nouveau maitre, j’imagine.
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Comme le disaient les vieux conteurs, excusez-la ! Bonne semaine !
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