Cell
Cette semaine, je vous propose une nouvelle de science-fiction, de la SF d’anticipation dans un futur proche, avec un petit quelque chose d’actualité. Allons-y!
— Bonne journée Benjamin ! Bonne fête encore ! proclama joyeusement la mère de Ben en sortant de la maison.
Son père roula les yeux au ciel et sortit sans un mot. Une fois la porte refermée, Benjamin put reprendre le fil de ses pensées interrompues.
Aujourd’hui, il fêtait officiellement ses 16 ans. Enfin il lancerait la mise à jour de son cell. Il ne pensait qu’à ça depuis le week-end dernier où il avait célébré officieusement son entrée dans l’âge presque adulte. Il vérifia les souhaits d’anniversaires qui s’accumulaient sur son fil d’actualité. Les noms des célèbres compagnies à l’origine de ces produits s’étaient éclipsés derrière la désignation des fonctions depuis la nationalisation d’internet.
Il récupéra quelques messages courriel, à l’ancienne, envoyés par sa grand-mère et sa famille. Il écoula le temps en regardant la vie de ses amis téléchargée en temps réel sur le réseau. Puis, LA notification tant attendue arriva. La mise à jour de votre appareil est accessible dès maintenant. Benjamin s’empressa d’activer le lien.
Malgré la fulgurance du réseau, plus d’une minute interminable passa. Le singulier ding qu’il avait choisi longtemps auparavant pour marquer les mises à jour tinta. Benjamin inspira un grand coup. Il savoura l’instant. Il redémarra l’appareil. Un centième de seconde plus tard, les premières questions de configuration se présentaient à lui.
C’était la série classique d’identification : nom, date de naissance, etc. Il accéda à la deuxième série, plus longue, qui concernait tous ses identifiants de réseaux sociaux, de jeux et d’applications. Il avait gardé une capture d’écran de l’ensemble de ses anciennes données et s’attarda sur chacune des lignes.
Il devait à tout prix éviter la maladie du 21e siècle : la torpeur numérique. Plusieurs de ses amis d’enfance y avaient succombé et Ben bénissait sa chance d’y avoir échappé jusqu’ici. Il reprit donc l’analyse des applications susceptibles de happer sa conscience et de l’emprisonner pour toujours puisqu’aucun remède n’existait pour le moment.
Sa stratégie d’analyse était simple. Combien d’heures dépensait-il sur chaque réseau social en relation avec le nombre d’amitiés de bonne qualité ? Sur une vingtaine de réseau différent, il en garda trois : le fil d’actualité, le flux vidéo et les clins d’œil. Cette dernière gardait les moins de seize ans dans une bulle où le monde adulte ne pouvait les atteindre. Une fois mise à jour, le réseau bloquait les enfants et les plus de vingt ans en une strate jeune adulte des plus effervescente.
Les jeux subirent le même traitement. Il se demanda : combien d’heures avec combien de partenaires de jeu ? Il ferma tous ses comptes, les jeux pour enfant très peu pour lui. Il inspecta les recommandations algorithmiques basées sur ses préférences d’enfances. Des jeux de guerre à la première personne, des simulateurs de cité médiévale, des énigmes pour s’évader de pièces, des histoires dans lesquelles incarner le héros, figuraient en tête de liste. Tout ceci le laissait froid. La liste s’étirait sans fin, il laissa tomber, il avait tout son temps et ses amis débordaient d’excellentes suggestions.
Les applications posaient un défi tout autrre, ici le temps et les gens n’étaient pas un indicateur fiable. Il devait évaluer en termes d’utilité subjective. Il sélectionna les évidences, calendriers, alarmes, cartographies. Il ajouta rapidement les outils pour programmer de nouvelles applications, la personnalisation ultime de son cell passerait peut-être par là.
La sécurité de l’entrée se déclencha de nouveau laissant sortir le robot ménager piloté à distance par le service de nettoyage. L’inspiration le frappa. Pilote de drones, de bus sans chauffeur, de navires sans capitaine, il se voyait exercer ce métier. Il chargea donc les applications pour en apprendre plus. Il en avait assez pour le moment. Il pouvait approfondir le sujet dès maintenant.
Le temps défila à vive allure. La maison s’activa pour accueillir ses parents. Il entendait la porte du garage s’ouvrir à l’approche de la voiture électrique familiale. Sa mère s’esclaffa de son rire clair, son père avait le sens des blagues douteuses qui amusait sa maman.
— Salut Benjamin ! Je vois que tu as reçu la visite de Martha…
— Arrête ça s’il te plait, la voix sérieuse de son père coupa net l’élan joyeux de sa mère. Tu sais bien que Ben ne te répondra pas, ça fait trop longtemps qu’il est atteint de cette fichue maladie.
— Chéri, sa médecin nous a assuré que Ben nous entend, que son cerveau tourne.
— Son cerveau fonctionne tellement que si tu lui retires son cell des mains, notre enfant s’éteint. Ben, si tu m’entends réveille-toi! Tu rates la vraie vie.
*
— Bonne journée Benjamin ! Bonne fête encore ! proclama joyeusement la mère de Ben en sortant de la maison.
Son père roula les yeux au ciel et sortit sans un mot. Une fois la porte refermée, Benjamin put reprendre le fil de ses pensées interrompues.
Aujourd’hui, il fêtait officiellement ses 16 ans. Enfin il lancerait la mise à jour de son cell. Il ne pensait qu’à ça depuis le week-end dernier où il avait célébré officieusement son entrée dans l’âge presque adulte. Il vérifia les souhaits d’anniversaires qui s’accumulaient sur son fil d’actualité. Les noms des célèbres compagnies à l’origine de ces produits s’étaient éclipsés derrière la désignation des fonctions depuis la nationalisation d’internet.
Il récupéra quelques messages courriel, à l’ancienne, envoyés par sa grand-mère et sa famille. Il écoula le temps en regardant la vie de ses amis téléchargée en temps réel sur le réseau. Puis, LA notification tant attendue arriva. La mise à jour de votre appareil est accessible dès maintenant. Benjamin s’empressa d’activer le lien.
Malgré la fulgurance du réseau, plus d’une minute interminable passa. Le singulier ding qu’il avait choisi longtemps auparavant pour marquer les mises à jour tinta. Benjamin inspira un grand coup. Il savoura l’instant. Il redémarra l’appareil. Un centième de seconde plus tard, les premières questions de configuration se présentaient à lui.
C’était la série classique d’identification : nom, date de naissance, etc. Il accéda à la deuxième série, plus longue, qui concernait tous ses identifiants de réseaux sociaux, de jeux et d’applications. Il avait gardé une capture d’écran de l’ensemble de ses anciennes données et s’attarda sur chacune des lignes.
Il devait à tout prix éviter la maladie du 21e siècle : la torpeur numérique. Plusieurs de ses amis d’enfance y avaient succombé et Ben bénissait sa chance d’y avoir échappé jusqu’ici. Il reprit donc l’analyse des applications susceptibles de happer sa conscience et de l’emprisonner pour toujours puisqu’aucun remède n’existait pour le moment.
Sa stratégie d’analyse était simple. Combien d’heures dépensait-il sur chaque réseau social en relation avec le nombre d’amitiés de bonne qualité ? Sur une vingtaine de réseau différent, il en garda trois : le fil d’actualité, le flux vidéo et les clins d’œil. Cette dernière gardait les moins de seize ans dans une bulle où le monde adulte ne pouvait les atteindre. Une fois mise à jour, le réseau bloquait les enfants et les plus de vingt ans en une strate jeune adulte des plus effervescente.
Les jeux subirent le même traitement. Il se demanda : combien d’heures avec combien de partenaires de jeu ? Il ferma tous ses comptes, les jeux pour enfant très peu pour lui. Il inspecta les recommandations algorithmiques basées sur ses préférences d’enfances. Des jeux de guerre à la première personne, des simulateurs de cité médiévale, des énigmes pour s’évader de pièces, des histoires dans lesquelles incarner le héros, figuraient en tête de liste. Tout ceci le laissait froid. La liste s’étirait sans fin, il laissa tomber, il avait tout son temps et ses amis débordaient d’excellentes suggestions.
Les applications posaient un défi tout autrre, ici le temps et les gens n’étaient pas un indicateur fiable. Il devait évaluer en termes d’utilité subjective. Il sélectionna les évidences, calendriers, alarmes, cartographies. Il ajouta rapidement les outils pour programmer de nouvelles applications, la personnalisation ultime de son cell passerait peut-être par là.
La sécurité de l’entrée se déclencha de nouveau laissant sortir le robot ménager piloté à distance par le service de nettoyage. L’inspiration le frappa. Pilote de drones, de bus sans chauffeur, de navires sans capitaine, il se voyait exercer ce métier. Il chargea donc les applications pour en apprendre plus. Il en avait assez pour le moment. Il pouvait approfondir le sujet dès maintenant.
Le temps défila à vive allure. La maison s’activa pour accueillir ses parents. Il entendait la porte du garage s’ouvrir à l’approche de la voiture électrique familiale. Sa mère s’esclaffa de son rire clair, son père avait le sens des blagues douteuses qui amusait sa maman.
— Salut Benjamin ! Je vois que tu as reçu la visite de Martha…
— Arrête ça s’il te plait, la voix sérieuse de son père coupa net l’élan joyeux de sa mère. Tu sais bien que Ben ne te répondra pas, ça fait trop longtemps qu’il est atteint de cette fichue maladie.
— Chéri, sa médecin nous a assuré que Ben nous entend, que son cerveau tourne.
— Son cerveau fonctionne tellement que si tu lui retires son cell des mains, notre enfant s’éteint. Ben, si tu m’entends réveille-toi! Tu rates la vraie vie.
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